Lorsqu’on lui demande de se décrire en trois mots, elle répond sans hésiter : ambitieuse, rêveuse et douce. Trois mots qui tissent d’emblée le ton de sa présence. Une force tranquille, une tendresse affirmée, et une envie d’aller loin, sans compromis.
Penande Estime ne fait pas du bruit. Elle construit. À sa manière. Lentement, profondément. Elle veut que ce qu’elle incarne soit aligné avec ce qu’elle ressent. Son art — qu’il soit musical, théâtral ou poétique — n’est pas une façade. C’est un prolongement de ce qu’elle est.
Dès le début de l’entrevue, elle précise qu’elle veut que le portrait soit fidèle. Non pas flatteur, mais vrai. Qu’il montre les choses importantes pour elle, ses valeurs, son essence. Pas une image figée, mais un reflet vivant.
Pourquoi avoir choisi le métier d’actrice ? Pour Penande, la réponse s’impose avec évidence. Parce qu’elle rêvait de se voir. Toute petite, elle regarde la télé, fascinée, et se projette à l’écran. Mais ce qu’elle ne voit pas, justement, ce sont des femmes noires comme elle. « Il n’y en avait pas énormément », dit-elle. Alors elle se fait une promesse silencieuse : un jour, elle y sera.
Elle a dix ans à peine lorsqu’elle formule ce rêve. Devant la télé, elle murmure pour elle-même : *Moi aussi, un jour, je vais être là*. Pas pour la gloire. Mais pour ouvrir la voie, pour inspirer d’autres petites filles, comme elle, à croire que leur image, leur voix, leur histoire ont leur place.
L’envie devient mission. En vieillissant, elle comprend que l’absence de représentation n’est pas un hasard, mais un reflet de structures bien plus vastes. Elle veut y entrer, non pas en s’effaçant, mais en affirmant qui elle est.
Ses premières références sont québécoises, bien sûr : Watatatow, Une galaxie près de chez vous, Virginie. Elle se souvient avec affection de Didier Lucien, l’un des rares acteurs noirs qu’elle voyait à l’époque. Il devient pour elle une forme d’exemple. Une preuve que c’est possible.
Au-delà des séries québécoises, ce sont les films américains d’action qui marquent son imaginaire. C’est avec sa mère qu’elle les regarde, souvent en soirée. Ce sont des moments partagés, remplis d’admiration et de rituels simples. Elle se souvient particulièrement de Jean-Claude Van Damme, et de la première fois qu’elle le voit faire le grand écart. « Je pense que c’est pour ça que je me suis lancée dans la cascade », dit-elle en riant.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le jeu vient d’abord. Elle commence comme actrice, fait une pause de quelques années pour se consacrer à la cascade — une discipline exigeante, physique, mais libératrice. Elle y apprend l’endurance, la précision, le courage. Puis elle revient au jeu en 2022, avec un regard affûté et une palette élargie. La cascade n’était pas un détour, mais un prolongement naturel. « Ça m’a donné un outil de plus. »
Quand on lui demande comment tout a commencé, elle répond avec franchise : ce n’est pas allé de soi. Sa mère n’était pas d’accord. Comme beaucoup de parents d’origine haïtienne, elle voulait « un métier sûr » pour sa fille : infirmière, avocate, médecin. Quelque chose de respectable. De solide.
Alors, pendant longtemps, Penande suit le chemin attendu. Elle essaie de concilier les attentes de sa mère et ses propres rêves. Mais le feu ne s’éteint pas. Il couve, il attend.
Pour faire plaisir à sa mère, Penandese lance en soins infirmiers. Elle s’inscrit en soins à Laval, mais très vite, elle réalise : ce n’est pas pour elle. « Je détestais ça », dit-elle avec un sourire franc dans la voix. En cachette, elle s’inscrit à des ateliers de théâtre. Elle entre dans le jeu par la petite porte, discrètement, sans faire de bruit, mais avec une détermination farouche.
Elle passe par l’arrière de la caméra, s’initie au jeu scénique, prend des cours, expérimente. Elle doute aussi. Se sent inadéquate. « J’avais l’impression que je n’avais pas ma place. » Mais malgré la peur, elle continue. Danse, jeu, auditions… Elle essaie tout.
Son premier rôle vient d’un court métrage muet tourné à Montréal-Nord. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est un point de départ. Elle enchaîne ensuite avec des pubs, des petits rôles, un peu de mannequinat. Mais les grands rôles se font attendre. Elle est là, présente, travailleuse — mais invisible aux yeux de l’industrie.
C’est alors que la cascade entre dans sa vie. Et tout s’ouvre. Sans audition, sans relance, on l’engage. On la veut. « C’était étonnant. Je recevais des offres sans rien faire. » Elle s’y consacre pendant quatre ou cinq ans. Mais en elle, l’appel du jeu reste plus fort.
En 2022, elle revient au jeu. Déterminée, alignée, plus forte que jamais. Car entre-temps, elle a appris à se connaître. Elle sait maintenant qu’elle peut être actrice sans compromis, avec toutes ses facettes. Rêveuse, douce, ambitieuse… et intrépide.
Penande Estime continue de tracer son chemin entre scène, caméra et expression personnelle. Après son retour remarqué au jeu en 2022, elle s’apprête à faire un pas de plus : elle montera sur les planches dans une pièce de théâtre prévue pour l’an prochain. Le projet est encore en développement, mais elle y voit une opportunité d’explorer de nouvelles facettes de son jeu et de s’ancrer plus profondément dans le vivant du théâtre. Elle souhaite aussi incarner des rôles qui racontent d’autres nuances de la féminité, de l’identité noire et de la vulnérabilité. Loin du bruit et des faux-semblants, Penande avance avec cohérence, à l’écoute de ce qui l’appelle.




















