Dernière d’une fratrie de quatre filles, Shirley grandit à Longueuil et se considère chanceuse. Contrairement à ses sœurs, elle comprend très tôt qu’elle peut s’affirmer et s’exprimer librement grâce au soutien inconditionnel de sa mère.
Il est indéniable que grandir dans une famille haïtienne dans les années 80 et 90 au Québec n’encourage pas toujours l’expression libre, surtout lorsque les parents, très éduqués, cherchent à inculquer des valeurs et des principes à leurs enfants.
Cependant, Shirley bénéficie d’un bon entourage et ne se sent pas réprimée. Sa capacité à s’exprimer librement lui ouvre des portes dans sa carrière et lui offre des opportunités souvent difficiles à saisir.
Inscrite à l’école secondaire Gérard-Filion, Shirley se montre réticente. Sa mère lui explique : « Tes sœurs ont fréquenté cette école et s’en sont très bien sorties ! Cette école va te former. Aller à l’école internationale — un établissement pour jeunes surdoués où elle a passé un test d’admission (en secret) avec son père — ne te fera pas apprendre la vie ! »
Finalement, n’ayant pas été acceptée à l’école internationale, Shirley poursuit ses études à Gérard-Filion. Elle doit s’adapter à une grande diversité culturelle et ethnique, car à l’école primaire, elle était la seule personne noire.
Au cours de ses années d’études à Gérard-Filion, elle se lie d’amitié avec des personnes issues de communautés marginalisées et prend conscience des problèmes qui les affectent. Avec le recul, elle reconnaît que cette période de sa vie lui a ouvert les yeux sur les réalités variées et les problèmes systémiques touchant certaines communautés. Sa mère avait raison !

Après avoir étudié les soins infirmiers au Collège de Saint-Laurent à Montréal, elle obtient un baccalauréat en sciences infirmières à l’Université d’Ottawa. Il est important de souligner qu’elle continue de travailler en tant qu’infirmière tout au long de ses études universitaires.
Elle accumule les certifications, comme elle le dit avec éclat : « Dans ma famille, c’est comme une maladie : on n’arrête jamais d’étudier, on aime ça ! »
Ces certifications se concentrent sur les communautés marginalisées : LGBTQ, enfants dépendants de la DPJ, personnes toxicomanes et personnes âgées, avec pour vocation d’assister ces populations.
Alors qu’elle travaille au CHUM, Shirley est acceptée pour un poste à McGill, où l’autonomie professionnelle est valorisée. Elle s’y sent rapidement à l’aise. L’infirmière joue un rôle central dans le parcours des patients, les prenant en charge de A à Z. Bien que cela soit exigeant, elle apprécie cette expérience.
Désireuse d’apprendre davantage, elle s’inscrit à un certificat en gérontologie à l’Université de Montréal. Malheureusement, cette formation ne répond pas à ses attentes et ne correspond pas à son niveau de connaissance, fort de ses nombreuses années d’expérience.
Après 20 ans au CLSC des Faubourgs, Shirley rencontre Régine Laurent. Son métier l’ayant souvent amenée à défendre des patients incapables de faire des choix pour leur bien-être, ses collègues lui suggèrent de rencontrer Régine, car « elles pourraient bien s’entendre. » Bien qu’elle ne soit pas enthousiaste à l’idée de rencontrer une figure syndicale, influencée par son père qui évitait les syndicats, la tenant pour responsable de la perte de son emploi de professeur universitaire, Shirley choisit néanmoins de rencontrer Mme Laurent. Cette rencontre lui sera bénéfique.

Pendant deux ans, elle est cheffe des négociations. Avant le départ de Mme Laurent, celle-ci lui suggère de se présenter au poste de Vice-Présidente de la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Shirley accepte et occupe ce poste de 2017 à 2021, défendant ainsi les intérêts de ses patients avec acharnement.
Cependant, la pandémie et les faiblesses des structures internes de la FIQ viennent bouleverser la situation. Shirley ne se sent plus en phase avec son rôle et décide de quitter son poste pour retourner sur le terrain.
Deux mois plus tard, elle est contactée par la Coalition Avenir Québec (CAQ) et se rend à un déjeuner avec Brigitte Legault, qui lui dit : « Ce ne sera pas facile de travailler avec l’administration dans le domaine de la santé, mais je sais vraiment que tu souhaites changer le réseau. » Shirley lui expose alors sans détour sa vision :
« Il faut faire de la prévention, renforcer la première ligne, nous sommes trop dans une optique de gestion des crises. »
En 2021, elle est élue députée de la circonscription de Marie-Victorin à Longueuil. Avec joie, elle réalise qu’il s’agit du quartier où elle a grandi !
La députée de Marie-Victorin est fière de ses accomplissements. Pour elle, il est essentiel de servir sa circonscription en apportant de l’assistance aux familles ayant des enfants avec des besoins particuliers.
Shirley déclare avec satisfaction qu’un investissement de plus d’un million de dollars a été consacré à des projets développés par des organismes communautaires axés sur les soins aux aînés et l’assistance aux jeunes familles avec des enfants ayant des besoins particuliers. Elle collabore avec plusieurs organismes pour offrir ces services.
Elle m’explique que le coût des garderies varie entre 60 $ et 80 $ par enfant, et qu’une grande partie des citoyens de la circonscription de Marie-Victorin ne peut pas assumer cette dépense.
De plus, elle souligne que les 12 écoles de la circonscription affichent un indice de défavorisation. Il est essentiel que les garderies prennent des mesures pour soutenir les jeunes familles. Grâce à son engagement, Shirley a réussi à convertir 344 places, ce qui a permis de réduire le coût par enfant, passant de 60 $ à 80 $ à moins de 8,99 $. Ces changements ont été appliqués dans cinq garderies, offrant ainsi un tarif réduit à de nombreuses familles défavorisées.
Shirley Dorismond travaille d’arrache-pied pour servir sa communauté dans le domaine de la santé. Plusieurs autres projets sont en cours, car elle a de nombreuses vies à transformer!



















